Le moulin de Pen ar Vern en Sainte-Sève sur la rivière Coatoulzac'h en 1909
(ADF 7 S 19, 10 R 333, 1 R 29, 3 C 71 et 6 M 1037)
 retour à l'accueil moulins  retour à la carte des moulins tenus par mes ancêtres retour à mes ancêtres landivisiens du XIXème siècle
 

Il est situé sur un bief long de 900 mètres et à 1 370 mètres en aval du moulin Mintric avec une pente supérieure à 1 mètre entre ce dernier et le déversoir* (de 13 mètres de large et en assez bon état en 1909) du moulin de Pen ar Vern soit en 470 mètres (1 370 mètres - 900 mètres). En aval, on trouve un moulin à papier ruiné (de Pen ar Vern également) dont le bief démarre tout de suite en dessous du moulin à blé de Pen ar Vern et surtout, le moulin de Penhoat en Taulé. Le seuil en pierres de taille à l'entrée du moulin est à la côte 34,737 mètres soit 0,666 mètre en dessous de la crête des 3 vannes motrices (larges de 1,05 m, 0,55 m et 0,5 m) alors que la vanne de décharge est large de 0,65 mètre et en bon état. En 1909 dans son rapport, le conducteur subdivisionnaire note que le moulin de Pen ar Vern existe depuis très longtemps* et n'est pas règlementé. Selon une coupe du moulin, la chute d'eau était de 3,90 mètres.


En 1914, Jean Claude KERRIEN (mon père né en 1909 a passé des vacances à Pen ar Vern, je ne connais pas le lien de parenté existant entre mon père et le meunier de Pen ar Vern ; apparemment, ce n'est pas son oncle germain), le meunier-boulanger de Pen ar Vern est également le maire de Sainte Sève lorsque qu'éclate la 1ère guerre mondiale. Dans divers courriers échangés avec le sous-préfet de Morlaix et les autorités militaires, on apprend qu'il emploie un "charpentier de moulin" et un charretier. Le charpentier remplace le patron "dans la moutûre" pendant qu'il est à la mairie, d'où une demande pour que son salarié , réserviste, obtienne un sursis.


En novembre 1915, c'est le meunier-boulanger et maire de la commune lui-même qui est appelé sous les drapeaux (il est de la classe 1894, réserve de l'armée territoriale et classé dans le service auxiliaire). Il obtient un 1er sursis jusqu'au 20 janvier 1916 pour lui "permettre d'organiser son remplacement à l'aide de non mobilisables qu'il mettra au courant du travail de panification".
Le 20 janvier 1916, un 2ème sursis de 20 jours est accordé "pour mettre au courant de la fabrication du pain de campagne - que savent faire nombre de paysans, et le seul qu'il fasse lui-même - un aide non-mobilisable... Sa femme peut, d'ailleurs, assurer le service avec son charretier-livreur et un aide pour la panification, car elle connait le travail et de plus a un pétrin mécanique. Enfin, il y a une autre boulangerie-meunerie au moulin Mintric" (courrier de l'état major au préfet), etc...


Lors de sa visite le 18 juin 1918 (ADF 10 R 333), la personne chargée d'inspecter les moulins note qu'il y a 10 quintaux de blé au moulin mais qu'il n'y a pas de registre d'entrée/sortie ; le propriétaire promet d'en tenir un et a d'autre part, présenté le permis de moutûre. Le nettoyage est bien fait ; l'extraction (poids de farine /poids des grains) est, par contre, insuffisante si on se réfère à la norme, apparemment 75 %, fixée par le décret du 30 novembre 1917. Il y a 3 paires de meules qui produisent 15 à 20 quintaux par 24 heures. Le pain cuit est "encore trop blanc" mais le meunier a promis de changer les soies de blutterie et semble montrer "beaucoup de bonne volonté".


En 1924, on y écrase 30 quintaux de grains par 24 heures (ADF 6 M 1037)

Quelques liens vers des images plus importantes (il s'agit de liens "bruts" qui ouvrent l'image dans une nouvelle fenêtre ; il faut donc refermer la fenêtre après avoir vu l'image) :

 

 

* déversoir : barrage sur la rivière qui permet de dévier une partie de l'eau dans le bief d'amenée. Ce bief nettement moins pentu que la rivière permet de créer une chûte d'eau artificielle pour faire tourner la roue du moulin.

* ADF 3 C 71 déclaration pour le vingtième : le 22 décembre1753 en l'abbaie de Saint Georges, Demoiselle Louise Josèphe de Marbeuf, fille mineure de feu Messire Robert Jean, comte de Marbeuf, de son vivant lieutenant général des armées du roy, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint Louis et commandant pour sa majesté en Bretagne et de Dame Thérèse de Kergoet , déclare détenir par un arrêt du 9 mai 1750 la régie et la jouissance de la terre de Penarvern composée d'une maison avec jardin habitée par Madame de Moellien, veuve de M. de Moellien, conseiller au Parlement, d'un moulin trouvé abandonné et qu'on dit sans fermier depuis 7 ans.

Ce moulin était peut-être abandonné du fait d'un imbroglio judiciaire qui dura plusieurs décennies. Thérèse de Kergoet avait eu une fille d'un premier lit : Marie Anne Jeanne de Penancoet, marquise de Lescoet. A la mort (en 1732 et 1734) des parents de Thérèse de kergoet, le 2ème mari (le comte de Marbeuf) fit main basse sur la fortune appréciable laissée par ceux-ci (il n'y eut même pas d'inventaire) pour rembourser ses propres dettes et acquérir entre autres, la terre de Pen ar Vern. Madame de Lescoet (née du premier mariage) se crut fondée à demander des comptes à sa mère qui prit très mal la chose. Un grand procès s'en suivit en 1737... le dossier n'était toujours pas clos en 1773.

Un frère de Louise Josèphe, Louis Charles René, comte de Marbeuf, lieutenant général des armées fut chargé du commandement de la Corse, où il déploya l'autorité et le luxe d'un vice roi. Lié avec Charles Bonaparte, il lui obtint des bourses pour ses enfants et fit entrer Napoléon à Brienne. Une tradition dit que le jeune Napoléon serait venu en vacances à Pen ar Vern (d'après 2 livres de Louis Le Guennec : une famille de la noblesse bretonne, les Barbier de Lescoet et nos vieux manoirs à légende). 

 
 retour à l'accueil moulins  retour à la carte des moulins tenus par mes ancêtres retour à mes ancêtres landivisiens du XIXème siècle